Expo Batterie du Cap Nègre -Six Fours les Plages– du 27 avril au 3 juin 2018

CONVIVENCIA
« le bien vivre ensemble »

Civis sum romanus… « la civitas, c’est la cité des hommes libres visant à l’unité » selon le mot d’Yves Rouquette.
« Civis sum romanus » assurément citoyen romain , Jean-Claude Martinez en porte le titre. Son regard d’artiste photographe parcourt le monde de la latinité en cherchant à faire jaillir la parcelle d’humanité dans le regard de ceux qui, de flux en reflux, de forums en pas de porte, de fêtes en familles, font le monde.

Jean Claude Martinez Photographe Villes en marche
Ainsi il assemble les lambeaux d’une « planète civile » qui ne peut se déchirer.
Dans ses voyages, ses rencontres ce qu’il recherche c’est le goût de la convivencia ; Cum vivere : vivre avec, nous dit le latin. Cette convivencia qui régna en Espagne de 711 à 1492 « al Andalus » …Cordoue était ,en ces temps-là , terre de tolérance : les musulmans vivaient en paix avec « les gens du livre », juifs et chrétiens.
Vivre avec nos différences au sein d’une même société en entretenant des relations de voisinage, concorde et échanges est-ce donc si difficile de nos jours ?
Avons-nous perdu ce goût de la connaissance de l’autre ? Certes,
Pas si facile que ça le « vivre ensemble »  …pas si facile l’échange entre cultures et religions différentes. Alors comment ces peuples méditerranéens ont-ils pu se rencontrer, commercer, se respecter alors qu’il était parfois tout simplement difficile de vivre ?

Jean Claude Martinez Photographe Latins
Comment ont-ils pu échanger au-delà des barrières de la langue ? et maintenant ?
Après des siècles , comment retrouver le savoir vivre ensemble par de-là les défaites, les rancunes. Quelles mains s’uniront et s’ouvriront vers les autres ? Pour rétablir cette convivence , il convient de mettre de côté les religions, d’établir la laïcité c’est-à-dire l’esprit de non droit religieux.  Citoyen libre de penser-en dehors de toute forme de pouvoir- Je suis, tu es, nous sommes avant tout des humains, et plus que citoyens romains, citoyens du monde.
Jean-Claude Martinez le sait bien quand il nous amène vers l’autre « l’alter ego »que ce soit sur la route roumaine à vélo ou en compagnie des pèlerins del Rocio en Espagne. Il part et ses pas le guident vers les gens de peu, ceux qui travaillent ensemble dans leur vignes, leurs champs, leur mer.
Il va vers ces gens de peu qui vivent près de la nature et savent la reconnaitre en l’animal fidèle ou sauvage , étincelle de vie.

Jean Claude Martinez Photographie Pêche au portugal
Il part et suit le fil du hasard vers les gens du Cap Vert, du Portugal ,du Brésil , du Mexique ou d’ailleurs . Il sait qu’il se produira cet instant magique où surgit le regard de la mère vers l’enfant, de l’enfant vers le père, de l’inconnu vers celui qui deviendra peut-être son ami.
Peu importe le temps, Jean-Claude révèle la beauté de «  la vida vidanta »comme on dit en occitan, la vie quotidienne : la fête, la rue, les manifestations, la vie au village …en chaque échange, existe l’esquisse d’une fraternité possible.
Mais comment parler de « convivencia con los muertos » ? vivre en harmonie avec les morts, l’idée peut paraitre saugrenue ; cependant Jean-Claude Martinez a su capter le caractère festif et partageux de ce rendez-vous annuel qu’est la fête des morts au Mexique. « el dia de los muertos », rituel aztèque du règne de Moctezuma, repris , assimilé par les espagnols. Dans les cimetières on boit, on mange, on parle avec et des morts, on partage le pain des morts et les « calaveras » têtes de morts en sucre.

Fête des morts au Mexique. Fiesta de los muertes.
Il me plait que le crucifix ici soit le reste d’une civilisation assimilée et symbolise les quatre points cardinaux, une ouverture sur le monde .Ouverture que Jean-Claude a saisie quand il dévoile les visages de ces curieux convives de cimetières.
Mais cette convivencia avec les morts dans un rituel de voisinage étrange rend en fin de compte la vie plus attrayante et lui donne ce relief qui nous la fait aimer avec plus de sagesse !
Willy Ronis présentait ses photos en commençant toujours par : « ce jour là… ». Et nous, ce jour là, ce jour ci, nous suivons jean-Claude Martinez dans ses voyages, ses rencontres dans les rues, ses reportages. Ainsi, ses photos tissent-elles au cours des ans, jour après jour, lieu après lieu, les émotions d’un monde vivant : celui de l’humanité.
Mais, l’artiste photographe n’est-il pas aussi cet écrivain de la lumière au talent de conteur ?
Ses photographies nous le disent !
Colette Derdevet-Meneau

Rocio 2014

 

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